À bord de son canot, c’est avec un enthousiasme évident que Francis Kurtness-Bossum a pris le large, suite à l’entrevue. (Photos Pierre Gill)

Du 31 mai au 4 septembre 2025, Francis Kurtness-Bossum s’est joint à une équipe de canoteurs afin de remonter la traditionnelle route des fourrures, de Tadoussac à Waskaganish. Sur une distance de plus de 1200 km, pas moins de 101 jours ont été nécessaires pour compléter le parcours. Six canots ont pris le départ et trois canots ont terminé le trajet.

« On avait des canots; cinq canots en cèdre, issus de la tradition des réputés Canots Tremblay. Ils étaient neufs au départ, mais les obstacles les ont un peu abimés. Il a beaucoup plu et le vent s’est souvent manifesté durant notre périple. Je me souviens qu’au deuxième jour de l’expédition, en partant de Tadoussac, un vent très fort de face soufflait devant nous. Nous avions l’impression de ne pas avancer. Je regardais le bord et le rocher sur la rive du fjord me paraissait au même point une demi-heure plus tard », raconte avec enthousiasme Francis Kurtness-Bossum.

L’expédition en question était beaucoup plus qu’une simple balade en canot pour Francis. C’était un véritable retour aux sources de sa nation, aux racines même de son peuple. « Mon arrière-arrière-arrière grand-père a fait ce trajet, de Pessamit à Waskaganish. Juste le fait de savoir que quelqu’un de ma famille l’a fait avant moi, c’était une importante source de motivation, et c’est pour ça que je l’ai fait. »

Depuis qu’il est plus à l’aise à faire du canot, il aimerait bien amener des amis dans le bois, surtout ceux qui n’ont pas eu la chance de faire des descentes, de faire des remontées aussi. « C’est important aussi qu’on remonte les rivières parce que c’est sûr qu’aujourd’hui, tu t’en vas au kilomètre 80, tu descends le canot puis il y a une autre auto qui t’attend au kilomètre 25; ça rend le trajet plus facile. Mais avant ça, nos ancêtres, ils montaient les rivières. Je trouve que remonter une rivière, c’est une partie autant difficile mentalement, physiquement, mais qui aussi te ramène à tes racines réelles, et je peux dire : moi aussi, je suis capable. Je serai de la génération qui va continuer ça. »

Et la question lui est posée : Comme tu es Pekuakamiulnu, tu embarques en canot sur le Pekuakami. Qu’est-ce que ça te fait? Qu’est-ce que tu ressens? « Franchement, revenir sur le lac, c’est tout le temps un plaisir hors normes. Je me souviens que dans l’expédition, on était proche de Metabetchouan, on était à 200-300 mètres avant d’arriver sur le lac. Il y a un aigle qui s’est posé à 17 pieds sur la plage. Il était vraiment proche, c’était vraiment gros. Puis, on a continué à suivre le chenal jusqu’au lac et en arrivant au Pekuakami, le soleil qui se couchait en avant de nous autres, c’était juste... Fallait être là pour le vivre, pour de vrai. C’était juste merveilleux! Ça faisait, je pense, 17 jours que je n’avais pas vu le lac. Arriver dessus en canot, en se disant qu’on a fait tout ça, comme dans le temps, c’était juste... Wow! Il n’y a rien qui peut battre ça, je pense. »

L’enthousiasme du jeune canoteur ne s’est jamais éteint. Aussitôt l’entrevue terminé, Francis Kurtness-Bossum a pris le large, canne à pêche à la main, pour défier cette calme immensité, en ce 5 juin 2026.