L’authenticité, c’est important. Le rendez-vous printanier à Pehkupessekau demeure la rencontre annuelle la plus authentique pour les Pekuakamiulnuatsh; et c’est également celle qui se rapproche le plus des coutumes et pratiques ancestrales, sur un lieu tout aussi symbolique. Pour plusieurs familles, jeunes et moins jeunes, ce rendez-vous annuel est un incontournable.

Bien avant que le rendez-vous à Pehkupessekau devienne une activité « organisée » par Pekuakamiulnuatsh Takuhikan, plusieurs familles s’installaient dans le secteur pour la chasse aux oiseaux migrateurs. On parle même d’une rencontre millénaire qui coïncide généralement avec la fonte des neiges et le départ des glaces sur le Pekuakami. Et ce n’est pas l’affaire d’une seule journée, plusieurs individus et familles y passent la semaine entière.

Pour Julienne Dominique, c’est un véritable retour en arrière, au temps où ses parents étaient encore là. Ce sont eux qui lui ont montrée à apprécier tous ces instants en communion avec la nature avec sa sœur et ses frères : « Ça fait longtemps qu’on vient ici, année après année. Nous venions remplir notre garde-manger pour l’été. Il n’y avait pas beaucoup de familles qui venaient ici à Pehkupessekau, il y avait les familles d’Alcide Blacksmith, Charles Raphaël, Michel Verreault; et on se rendait ici en canot à partir de Mashteuiatsh pour la chasse (outardes, castors). Parfois, nous partions de notre territoire ancestral, au lac Alec, et plus haut depuis le lac Onistagan pour venir jusqu’ici par la rivière Péribonka; on a passé de belles années avec nos parents. » raconte Julienne Dominique.

Ses parents lui ont tout appris. Yvonne et Ernest Dominique étaient des personnes très impliquées dans la communauté et c’est beaucoup Julienne Dominique qui prend la relève en préparant des repas lors d’activités à Mashteuiatsh. « Ma mère ne nous invitait pas à prendre part aux activités familiales, il fallait démontrer que nous étions prêts à nous impliquer. C’est quand on s’intéressait à quelque chose que nos parents saisissaient l’occasion de nous montrer comment faire », ajoute Julienne Dominique pour qui les parents manquent énormément, de son propre aveu.

Julienne Dominique a passé beaucoup de temps en territoire avec sa famille. Dans son jeune âge, lorsqu’est venu le temps d’aller à l’école, c’était pour Julienne un véritable déchirement. « Nous n’avions pas le droit d’aller en territoire avec nos parents car on nous obligeait à aller à l’école. Si nous partions en territoire, on venait nous chercher. Plus tard, il y eut ce qu’on appelle l’École des bois (enseignement en territoire par un professeur qui se déplaçait de familles en familles), et on pouvait ainsi étudier en même temps que pratiquer nos activités traditionnelles. Je n’aimais pas aller à l’école à Roberval, il y avait trop de racisme; trop de monde qui nous jugeaient ».

Pour Julienne Dominique, monter en territoire c’est un incontournable rendez-vous avec le passé et les connaissances acquises durant de nombreuses années. Encore de nos jours, elle aime s’y retrouver avec les quatre ou cinq enfants d’autres familles, qu’elle élève avec grand soin. « Quand j’arrive ici, on dirait que mes parents sont encore là » dit-elle avec émotion. « Ils me manquent beaucoup! »

Pour sa part, le chef de la nation des Pekuakamiulnuatsh, Jonathan Germain, s’est dit très heureux de voir autant de monde à ce rassemblement printanier : « C’est agréable de voir qu’il y ait autant de monde; chaque année on est surpris de voir qu’il y a tant de gens, de constater qu’il y a beaucoup de jeunes qui démontrent de l’intérêt pour ce rassemblement à Pehkupessekau. C’est un véritable engouement. Certaines familles viennent s’installer ici aussitôt que la neige fond, parfois une semaine ou deux semaines », raconte le chef très heureux d’être sur place.

Jonathan Germain ajoute que, lui-même, est davantage un chasseur de perdrix et d’orignal, mais il aime beaucoup voir et participer aux activités qui se déroulent sur le site de Pehkupessekau. Il ajoute que certaines personnes en profitent même pour prendre leurs vacances annuelles durant cette période au lieu de les prendre durant l’été ou l’automne. C’est un indicateur de succès et d’authenticité.

En bout de ligne, la coordonnatrice aux événements culturels à Pekuakamiulnuatsh Takuhikan, en charge d’organiser cet événement avec ses collègues, Audray Nepton, évalue la participation comme étant semblable à celle de l’an dernier. Passant la journée sur le terrain, elle voit à ce que tout se déroule parfaitement bien et que chaque participant y trouve son compte, son plaisir.