Pekuakamiulnuatsh Takuhikan annonce que la nouvelle gouvernance économique entre officiellement en fonction. Ce projet ambitieux, porté par le chef Jonathan Germain, vise à transformer radicalement la manière dont les entreprises et les organismes communautaires interagissent avec les structures de soutien financier et technique. À ce sujet, nous avons rencontré le chef Germain en entrevue exclusive le 1er avril dernier.
L’origine de cette réforme ne repose pas sur une simple décision administrative, mais sur un constat émanant du terrain. Au cours des dernières années, plusieurs rapports et témoignages d’entrepreneurs ont souligné une complexité administrative croissante. Pour un porteur de projet, qu’il s’agisse de financement, de développement ou de l’intégration d’une nouvelle entreprise dans la communauté, le parcours était parsemé d’embûches. « Cogner à différentes portes » était devenu un frein à l’agilité économique. La nouvelle gouvernance est donc la réponse directe à ces préoccupations. Elle vise à simplifier, centraliser et fluidifier les processus pour que l’énergie des entrepreneurs soit consacrée à la création de valeur plutôt qu’à la navigation bureaucratique.
« L’innovation majeure de cette restructuration réside dans la mise en place d’un guichet unique. Cette volonté de simplification se traduit physiquement par une porte d’entrée unique, située actuellement dans les bureaux de DPI (Développement Piekuakami Ilnu), au 1425, rue Ouiatchouan à Mashteuiatsh. Désormais, qu’il s’agisse de tourisme, d’énergie communautaire ou de projets sociaux, tout se centralise en un seul lieu. Ce point de contact permet d’accéder à la panoplie des services destinés aux entreprises. L’objectif est clair : offrir un accompagnement cohérent et intégré », de préciser le chef Germain.
Une question légitime émergeait lors des consultations : que deviennent les organismes existants comme la SDI, DPI ou Développement PEC ? Le chef Germain se veut rassurant. La nouvelle structure n’est pas synonyme de coupes sombres, mais d’intégration. Ainsi, la priorité absolue a été de maintenir l’expertise locale en évitant toute perte d’emploi. Les employés de ces organismes ont été invités à intégrer la nouvelle gouvernance économique. Cette approche garantit la continuité des services tout en favorisant une synergie entre les différents volets (social, communautaire et entrepreneurial). Depuis la première ébauche en 2024, le processus a été ajusté en fonction des commentaires reçus pour s’assurer que chaque acteur se sente à l’aise dans ce nouvel écosystème.
L’un des points forts de cette réforme est la volonté de Pekuakamiulnuatsh Takuhikan de redonner les rênes à la communauté. Le but est que le milieu socio-économique prenne ses propres responsabilités, soutenu par l’appareil politique et administratif, mais sans être dirigé par lui. La population et les entrepreneurs doivent pouvoir imprégner le développement économique de leurs propres « couleurs ». L’organisation fournit les ressources financières, humaines et le soutien à la mobilisation, mais c’est le milieu qui conduit.
Pour assurer cette vision, un conseil d’administration (CA) permanent sera mis en place dans les prochaines semaines. Ce CA sera le cœur battant de la gouvernance économique. Sa composition reflète une volonté de mixité et d’expertise.
Ainsi, cinq des neuf sièges de ce conseil d’administration seront réservés aux entrepreneurs de la communauté, assurant que les décisions soient prises par ceux qui vivent la réalité du marché. De plus, un élu responsable du dossier économique y siégera pour assurer la liaison avec le conseil de bande. Le CA inclura également des acteurs liés au développement du territoire (comme Pekuakamiulnuatsh Takuhikan via certains secteurs clés) pour garantir que l’économie serve les intérêts globaux de la nation.
Bien que la mise en place complète du CA et des orientations stratégiques finales puisse prendre quelques semaines, le chef Germain insiste sur le fait qu’il n’y a pas de « vide » de service. Les entrepreneurs ayant des projets immédiats sont invités à se présenter physiquement aux bureaux de DPI, où Alexandre Gauthier assure actuellement la transition comme porte d’entrée principale. De plus, la Commission de développement des Premières Nations du Québec et du Labrador (CDEPNQL) apporte son soutien pour garantir qu’aucun dossier ne tombe entre deux chaises durant cette phase de transition.
La nouvelle gouvernance économique de Mashteuiatsh est plus qu’un simple changement d’organigramme. C’est une promesse de simplification, une marque de confiance envers les entrepreneurs locaux et une stratégie de développement économique accrue. En unifiant les forces derrière une porte unique, la communauté se dote d’un outil pour affronter les défis économiques de demain, tout en restant profondément ancrée dans ses valeurs et son identité.