« Capitaine, c’est l’histoire d’un pêcheur Innu qui essaie de transmettre son amour pour la pêche à sa fille qui est à la fin de l’adolescence, début de l’âge adulte. Elle, rêve plutôt d’une autre vie. Ça se passe dans une communauté éloignée, dans une communauté fictive, (mais tournée en réalité sur la côte nord, plus précisément à Mani-Utenam). La jeune fille rêve de voyager, de faire un peu comme son père a fait, de découvrir le monde, mais son père lui dit que ce n’est pas tant une bonne idée de quitter la communauté. Il a peur pour elle, puis elle décide quand même de partir. Capitaine doit partir à sa recherche », raconte le réalisateur.
William Mazzoleni-Valin est né en 1983, d’un père ilnu et d’une mère italienne. C’est le petit-fils de M. Raymond Valin qui nous a quitté il y a quelques mois. Il est reconnu pour son court-métrage Pow-Wow, une fiction remplie d’espoir envers sa culture et inspiré d’une réalité des Premières Nations du Québec, film qu’il est d’ailleurs venu présenter à Roberval en 2018. Après avoir grandi à Mashteuiatsh et à Roberval, Mazzoleni-Valin a fait ses études en arts et technologies des médias, profil télé, explorant son attirance pour le cinéma. À 25 ans, il quitte pour Montréal afin de réaliser son rêve, mais le parcours ne fut pas celui qu’il avait en tête. Il a fait plusieurs métiers et la plupart étaient associés à son domaine d’étude. Ce n’est que plus tard qu’il s’approche de son rêve. « De par mon nom, Mazzoleni-Valin, les gens m’ont vraiment associé sur mon côté italien, un côté que j’avais quand même mis de l’avant. Je me disais que les Italiens ont fait leur preuve : Scorsese, Fellini, Coppola, il y a des gros noms. Les gens vont me faire confiance. Bref, je démarre ma carrière comme ça. Ensuite, j’arrive avec l’histoire de Pow-Wow. Ça faisait longtemps que j’avais cette histoire-là dans la tête. J’ai décidé de la mettre en lumière. C’est à partir de là que les gens ont réalisé que j’étais autochtone et que j’ai pu mettre en avant-plan mes origines. »
En préparation pour le tournage, William Mezzoleni-Valin a découvert un acteur de grand talent. « À travers un seul homme, je pense qu’on peut raconter l’histoire de beaucoup de monde. C’est ce que j’ai vu dans Wayne Charles Baker, juste par ses yeux. Il n’a pas besoin de dire grand-chose pour qu’on y croit. J’avais besoin d’un acteur qui, par peu de mots, nous fasse vivre des émotions. Je suis très content d’avoir fait sa rencontre. Il a travaillé très fort aussi, parce qu’il ne parlait pas Innu du tout. C’est l’Innu de Maliotenam qu’on a pris, de Uashat. On a dû faire de la phonétique. Ça a été un gros travail. Aussi, pour les deux acteurs, Mackenzie Deer, qui joue sa fille et qui est une Mohawk, et Wayne, je trouve que ces deux acteurs ont fait un travail remarquable au niveau de l’Innu en si peu de temps. »
Marc-Olivier Gingras de Mashteuiatsh joue également dans cette production. « Marc-Olivier est venu nous rejoindre à Sept-Îles, à Mani-Utenam, pour venir tourner ses scènes. Je suis vraiment content qu’on ait un de nos jeunes d’ici, un nouveau talent à l’écran de Mashteuiatsh, que les gens vont pouvoir apprécier au grand écran. »
Invité à offrir de l’espoir aux jeunes d’ici qui voudraient percer dans le domaine du cinéma ou dans quelque autre domaine, William Mezzoleni Valin mentionne que c’est surtout de suivre son instinct : « Qu’est-ce qui t’anime? Qu’est-ce que t’aimes? Des fois, c’est long à savoir, mais je pense que de toujours continuer à faire quelque chose c’est une bonne affaire, c’est que t’es toujours en chemin. Oui, je ne savais pas trop quoi faire spécifiquement, mais j’ai quand même continué à aller apprendre, puis ça m’a amené à quelque part. Ce que je dirais aussi à un jeune, c’est de suivre ses rêves, parce que c’est atteignable. C’est atteignable quand on se donne des objectifs réalistes, et tout est possible. Suivre son cœur, ses instincts, ses rêves, je pense que ça t’amène où tu veux aller. Les peuples autochtones veulent être plus représentés, ça nous prend des gens pour nous représenter. Donc, il y a des opportunités. Si les jeunes, ça vous tente d’aller dans ce domaine-là, il y a de la place. »
Et quels sont les projets de William Mezzoleni-Valin ? Il en a plusieurs. « En même temps que je terminais Capitaine, j’écrivais sur l’architecture autochtone. On s’est promenés dans plusieurs nations, dans plusieurs communautés. C’est un projet qui est très lumineux, très léger, très positif, très axé sur le futur. Ce que j’aime beaucoup de l’architecture, c’est qu’il y a beaucoup d’identité dans la manière de bâtir, de concevoir nos routes, nos rues, nos quartiers, nos établissements, nos institutions. Il y a énormément d’identité à faire. C’est un documentaire, 52 minutes, pour Radio-Canada. On va voir si on est capable de le transformer aussi en long-métrage documentaire pour les festivals. Mais à la base, c’est fait pour sortir dans le cadre de la journée de vérité et réconciliation au mois de septembre 2026. Sinon, j’ai un autre projet qui est en cours avec Élisapie (Isaac). Je vais travailler avec elle dans le cadre de son émission qui s’appelle Le Grand Solstice, qui est présentée le 21 juin pour la Journée nationale des peuples autochtones. Ils sont à la sixième saison déjà. Moi, j’ai fait la quatrième avec eux. Je n’ai pas pu faire la cinquième parce que j’étais sur Capitaine. Et là, je suis de retour pour la sixième. Je m’occupe de toutes les entrevues, justement, rencontres avec les artistes. Puis on parle du pourquoi ils font de la musique et tout ça. Nos gens sont beaux, ils sont bons aussi », conclut le réalisateur originaire de Mashteuiatsh.
Pour ceux qui ne l’ont pas vu, le film CAPITAINE est encore en salle à différents endroits au Québec.