Pour comprendre les stratégies déployées et les leçons apprises à Mashteuiatsh, suite à la pandémie à la COVID-19nous avons recueilli les témoignages de Véronique Larouche, directrice Santé et mieux-être collectif, et de Christine Tremblay, directrice générale de Pekuakamiulnuatsh Takuhikan, lors d’une rencontre à la salle du Conseil le 4 février dernier.
« Je vais toujours m’en rappeler parce que c’était le moment où le premier ministre François Legault annonçait qu’il allait mettre le Québec sur pause. On s’était réunis, l’équipe de gestion avec des élus pour écouter le point de presse. Ce fut un choc, je dirais, parce que là, il fallait qu’on prenne la décision comme organisation. Ça veut dire quoi, ça? On met le Québec sur pause ? » raconte Christine Tremblay. « Qu’est-ce qu’on fait? Il faut que je ferme les écoles; la première décision, c’était ça, de fermer l’organisation, les écoles. Puis on avait identifié des services essentiels qu’on devait maintenir. »
Selon les propos de la directrice générale, tout le monde était dans l’inconnu. Une équipe d’urgence a été mise en place et un contact a été établi avec la santé publique régionale afin d’obtenir les bonnes informations. « C’était presque à tous les jours avec la santé publique régionale pour se tenir informés de ce qui se passait. À tous les jours, on regardait les points de presse du gouvernement pour ajuster nos mesures. Le comité de prévention et contrôle des infections nous faisait des recommandations. Puis, on s’est mis aussi en lien avec la Nation Innu, qui avait créé une cellule de crise, avec le docteur Stanley Volant qui était là-dessus, puis un groupe de travail de spécialistes. »
Nous étions alors en mars 2020. Rapidement, les accès à la communauté ont été fermés. Puis, les cliniques de dépistages, les couvre-feux, l’isolement des foyers, etc. Le chef de l’époque, Clifford Moar, prend les dispositions qui s’imposent. Il accepte de rencontrer les médias régionaux pour expliquer la fermeture de la communauté. Pour la première fois, les visiteurs n’étaient pas les bienvenus. Résultat : pratiquement aucun cas dans les premiers mois de la pandémie.
Les premiers cas sont entrés dans la communauté de Mashteuiatsh au début de l’année 2021, soit une dizaine de mois après le début de la crise. « C’était en évolution à chaque jour. Vous n’avez pas idée du nombre de cas qu’il y a pu y avoir dans le CIUSSS durant cette période-là? On avait la liste des cas qui étaient déclarés. Et quand sont arrivés les tests rapides, là, on a perdu un peu le contrôle. On ne savait pas le nombre exact de cas. Parce que ce n’est pas tout le monde qui faisait le test rapide et qui se déclarait. Il a fallu insister pour avoir les données, puis on les a eues », ajoute Christine Tremblay.
« Il y avait beaucoup de cas », se souvient Véronique Larouche. « Puis, c’était les confinements qu’il fallait faire faire aux gens. Il faut que tu sois dix jours chez toi, isolé. Puis là, on conseillait aux gens de ne pas sortir. On donnait des consignes sur quoi faire à la maison avec l’auto-isolement. C’était particulier.
En support aux communautés Innu, le docteur Stanley Volant avait recommander de mettre une « cloche de verre » sur le centre Tshishemishk pour protéger nos aînés. « On a interdit les visites aux aînés durant un grand bout de temps, en s’assurant quand même qu’ils avaient des contacts avec leur famille, mais ce n’était pas facile pour eux; ils ont vécu de l’isolement. »
Une ligne téléphonique a été mise en place par l’équipe Tshika Milupalu, créée pour l’occasion. « Il y a beaucoup de maladies chroniques chez nous, beaucoup de diabète; notre population était plus à risque. Aujourd’hui, les gens qui ont des symptômes, on ne teste plus pour la COVID, mais on leur demande de rester isolés le plus possible et de porter un masque quand ils sortent » ajoute Véronique Larouche.
Que reste-t-il de cette période particulièrement difficile pour Mashteuiatsh? Certes, de nouvelles façons de fonctionner, notamment au sein de l’organisation. « On a eu à se réorganiser, comme les gens ne pouvaient pas venir, il a fallu instaurer le télétravail. On a été une période où l’organisation était complètement fermée. Ça nous a forcés à développer le côté technologie de l’information. Le télétravail est encore présent, à moindre mesure, évidemment, mais ça facilite des choses à bien des égards », conclut Christine Tremblay.
Au total, entre septembre 2020 et janvier 2023, il y aurait eu 601 cas à Mashteuiatsh, confirmés par tests positifs en laboratoire. 31 hospitalisations auront été nécessaires, liées à la pandémie, et un seul décès aurait été constaté en lien direct avec la COVID-19. Et pour les coûts liés à tout ce travail, ils ont été assumés en totalité par le gouvernement fédéral, via le Ministère Services aux autochtones Canada. « Cela n’a donc pas impacté le budget organisationnel ni les fonds autonomes », a conclu la directrice Santé et mieux-être collectif, Véronique Larouche.